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Depardieu a dit je pars. Ayrault a répondu minable. « Ça a claqué dans l’air, comme un coup de revolver ». Depuis, la France s’est transformé en saloon, chacun a sorti son flingue et a profité de la pagaille pour tirer. On s’explique à la radio, on débat à télé, on écrit des tribunes dans les journaux. On commente sur les blogs, sur Facebook, sur Twitter.
Oui, Gérard Depardieu veut quitter la France. Bon, pas trop loin quand même, juste de l’autre côté de la frontière, là où commence la Belgique. Gérard veut quitter le Gouvernement. Gérard veut quitter le système fiscal qu’il doit juger, lui aussi, confiscatoire.
Mais dans ce débat, devenu l’affaire de tous, parce que Gérard c’est comme le vin rouge et le camembert, c’est un produit bien de chez nous, le plus intéressant n’est pas de discuter de la fuite de l’acteur.
Non, c’est une occasion de plus de rappeler que la gauche n’aime pas le succès, que la gauche n’aime pas les riches, que la gauche n’aime pas l’argent.
Or, personne ne répond suffisamment fort que le succès n’est pas l’argent. Que l’argent n’est pas le symbole de la réussite, ou plutôt que la réussite ne se mesure pas au nombre de zéros sur un compte en banque.
Mais il est vrai que la gauche a un problème : celui de ne pas savoir sur quel pied danser quand on lui parle d’argent, de fric, de flouze, d’oseille, de pognon, de thune, de dollars et d’euros. Parce que, certes, il est loin le temps où l’argent était l’ennemi. Le temps où l’argent c’était pour les corrompus et les traîtres. Le temps manichéen où les riches étaient les méchants et les pauvres les gentils.
Alors même si la gauche s’est mise à accepter les riches, et même à bien les aimer, elle se doit aussi de défendre les intérêts de tous, de protéger les plus pauvres, les opprimés, les classes moyennes et les classes populaires, comme on dit maintenant.
Pauvre Gouvernement qui doit faire face aux riches qui se croient mal-aimés, et aux pauvres qui se sentent abandonnés.
Tout le monde voudrait chanter « Ne m’appelez plus jamais France, la France elle m’a laissé tomber » en choeur avec Sardou. Mais Sardou ne fait pas l’unanimité non plus depuis qu’il a chanté « Le doux temps des colonies », même si lui ne part pas de France, parce qu’il se ferait trop «chier» en Belgique. Tout le monde donc voudrait quitter le navire. Et comme les riches, eux, peuvent le faire, on craint l’exode fiscal.
Mais personne ne veut trop se pencher sur la cassure plus profonde creusée par la déception, la rage aussi, de ceux qui restent. De ceux qui vont se serrer la ceinture, plus que Gérard, Bernard et tous les autres, mais qui commencent à trouver la ceinture vraiment trop serrée ces derniers temps (qui se compte déjà en années).
Pauvre Gérard, donc, qui a trop payé pour la France. Pauvre France que Gérard va quitter. Lui, notre héros national, notre Obélix, notre irréductible Gaulois.
De qui se moque-t-on, franchement? On en est même à inviter Eric Woerth pour qu’il nous parle de comment il comprend que Gégé prenne le large.
Gérard Depardieu fait bien ce qu’il veut de son argent, qu’il parte donc en claquant la porte, avec des grands mots, des grands gestes. Gérard Depardieu dans « son plus mauvais rôle», comme dirait Bruno Leroux en citant C. Jérôme. Que Depardieu nous fasse pleurer une dernière fois, ça faisait longtemps.
Il était temps que les cadeaux fiscaux à gogo prennent fin. Et que ce soit dit une bonne fois pour toute : taxer les plus riches à 75% sur tous les revenus au dessus d’un million d’euros par an n’est pas une punition, ça s’appelle aider son pays et les citoyens moins bien lotis que soi.
Et cela ne risque pas de les rendre pauvre. Grands dieux, non! Rassurons-nous : le monde ne va pas s’inverser, les plus riches resteront les plus riches. Seulement avec un peu de chance, dans un monde meilleur, les plus pauvres, eux, seront un peu moins pauvres.