Une longue amitié

Voilà cinquante ans, aujourd’hui, que la France et l’Allemagne se sont officiellement réconciliées. C’était à Reims, en 1962, que De Gaulle et Adenauer se serraient la main.

Après tant de guerres, les deux pays étaient enfin décidés a être alliés. Alliés dans la construction européenne, alliés dans la prospérité de l’économie, alliés dans le maintien de la paix et de la stabilité.

Mais si les deux pays forment aujourd’hui un tandem en apparence, ils sont aussi les meilleurs ennemis. L’Allemagne se remet mieux de la crise mais la démographie y est en berne, et les femmes travaillent peu. La France, quant à elle, voit son chômage augmenter chaque mois un peu plus et les finances publiques restent dans le rouge. La France et l’Allemagne sont dans une sorte de rivalité pour être le modèle économique, social, politique, de l’Union Européenne. Le « meilleur élève » de l’Europe.

A l’heure du nouveau quinquennat, chacun regarde le nouveau duo que forment Hollande et Merkel en s’inquiétant de leurs divergences. En s’inquiétant du risque que court l’Europe si d’aventure les deux dirigeants ne s’entendaient pas bien. Pourtant, si François Hollande n’est pas d’accord avec Angela Merkel, nous ne devons pas redouter le rafraichissement des relations. La France n’a pas à s’aligner, coute que coute, sur les positions de l’Allemagne. Si la relation est saine, si cette amitié est vraie, alors les dissensions peuvent être dites et surpassées.

La relation ne peut pas, non plus, être « exclusive », comme l’a souligné Angela Merkel aujourd’hui. Chaque voix doit être entendue à l’heure où la crise frappe toute l’Europe de plein fouet. La France et l’Allemagne ne peuvent décider seules et c’est pourquoi il était important que les volontés de l’Italie et de l’Espagne soient entendues en juin dernier, à Bruxelles.

La relation de confiance qui existe entre la France et l’Allemagne peut encore être renforcée, ce qui serait certainement profitable aux deux pays et à l’ensemble de l’Union Européenne. Mais cette relation ne peut pas éclipser, ne peut pas remplacer, la relation que nous devons entretenir avec les 25 autres pays membres.

Penser que la France et l’Allemagne sont seules à construire l’Europe aujourd’hui, c’est faire une grave pour demain.

En terrain politique

A chacun de décider s’il trouve intéressant ou non de regarder deux équipes de 11 hommes se disputer une victoire en courant après un ballon d’un bout à l’autre d’un terrain durant 90 minutes. En revanche, même pour ceux que le football n’intéresse guère, il est indéniable que sport et politique sont liés.

Le match de vendredi au cours duquel l’Allemagne et la Grèce s’affrontaient pour une qualification en demi-finales en est la preuve, si tant est qu’il en faille une.

L’affrontement de ces deux équipes, de ces deux pays, au sein d’une compétition exclusivement européenne n’était pas seulement un affrontement sportif. C’était aussi, et peut-être surtout, l’expression du conflit greco-allemand qui se joue tous les jours sur fond de crise économique. Un conflit entre une Allemagne, très bonne élève qui se veut donneuse de leçon et leader de l’Union Européenne et une Grèce qui fait figure de cancre en ne parvenant pas à se relever de ses difficultés.

Il aurait été beau, symboliquement, que la Grèce sorte l’Allemagne. Non pas seulement comme un lot de consolation où nous autres européens laisserions les Grecs gagner un jeu. Simplement ce miracle aurait été comme un espoir, celui que rien n’est jamais impossible et que cette fois encore David pouvait vaincre Goliath. Et juste pour le plaisir, inexplicable, de ne pas voir Angela Merkel jubiler comme elle l’a fait au moment de la fin du match.

Mais l’Allemagne l’a emporté 4-2. Le score est sans appel, la Nationalmannschaft était au- dessus de l’équipe grecque, même si cette dernière s’est bien défendue.

La France a été sortie, elle aussi, hier soir, par l’Espagne. Qui soutenir, désormais, nous Français qui n’avons toujours pas digéré la terrible demi-finale qui nous opposait aux Allemands en 1982 ?

Les Allemands font figure de favori dans cette Euro 2012, comme dans tous les domaines ces derniers temps. Alors qu’ils sont premiers partout, gagneront-ils également cette compétition? Certainement, car l’équipe est, incontestablement, excellente. Mais il y a comme un agacement, à force, de devoir toujours prendre l’Allemagne comme modèle. Alors peut-être pourrions nous laisser les Allemands être meneurs de jeu en économie encore quelques temps, mais que la leçon de football nous vienne de Cristiano Ronaldo et de cette équipe du Portugal qui défend les couleurs d’un pays, lui aussi, dans une position extrêmement difficile.

Le stade et la prison

Ses cheveux blonds, tressés, sont noués en couronne. Celle qui fut l’une des figures de la Révolution Orange, qui deux fois Première Ministre d’Ukraine, et qui fut la première femme à accéder au second tour de l’élection présidentielle, est emprisonnée depuis le 11 octobre 2011.

Lors des élections présidentielles de 2010, Ioulia Timochenko, 51 ans, perd face à Viktor Ianoukovitch. Après un procès pour abus de pouvoir déjà contesté, Ioulia Timochenko n’obtient pas gain de cause.

Par la suite, ses conditions de détention sont violemment critiquées par le parti d’opposition en Ukraine ainsi que par l’ensemble de la communauté européenne. Ainsi, en février 2012, la rapporteure du Parlement Européen déclare que Ioulia Timochenko est «privée de tous les droits fondamentaux dont tout le monde devrait pouvoir bénéficier, même en prison ».

De plus, lors de l’une de ses hospitalisation, Ioulia Timochenko aurait été battue, et elle accuse le président Viktor Ianoukovitch d’avoir lui-même ordonné ces violences. Elle entame le 22 avril et jusqu’au 9 mai une grève de la faim.

C’est donc dans ce contexte politique extrêmement tendu que se déroule l’Euro 2012 du 8 juin au 1er juillet.

C’est Valérie Fourneyron, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui, la première, a déclaré qu’aucun des membres du gouvernement français n’assisterait aux matchs qui auront lieu en Ukraine. Le gouvernement britannique n’a pas tardé à rejoindre ce boycott. Plusieurs autres gouvernements – Allemagne, Suède, Belgique – ont menacé de ne pas se déplacer non plus.

Vladimir Poutine, quant à lui, voit dans cette compétition un événement sportif qui ne doit pas être condamné par des mesures politiques.

Pourtant l’impact économique provoqué par ces compétitions les rend inévitablement politiques. La joie et le divertissement qu’elles procurent ne peuvent camoufler, même le temps de quelques semaines, les désastres d’une politique contraires aux lois européennes et aux droits fondamentaux.

Il est donc normal, et indispensable, que des sanctions politiques soient prises, surtout lors de tels évènements. Car la médiatisation qui entoure l’Euro rend également plus visible la position de l’Europe, et de la France, face à l’Ukraine aujourd’hui. La célébration du sport ne peut pas être plus forte que l’intransigeance dont nous devons faire preuve lorsqu’il s’agit de défendre les droits de l’homme.

De la même façon, la France n’aurait pas du se rendre aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Et c’est car ce sont des réunions qui ont un impact politique que nous n’avons pas boycotté. En effet, c’est le poids économique de la Chine qui a empêché la France, cette fois là, d’avoir le courage de ses convictions.

C’est donc à regret, mais sans remords, que la France regardera depuis sa télévision les Bleus jouer. Pendant que Ioulia, elle, sera dans sa cellule attendant qu’enfin son sort change.

« Quelle connerie la guerre »

Si la Syrie était au centre des préoccupations internationales depuis déjà plusieurs mois, le massacre de Houla, le 25 mai dernier, a agi comme un électro-choc. La nécessité d’agir et de réagir apparait désormais urgente.

Car le plan Annan est manifestement loin d’aboutir. Adopté par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 21 mars dernier et accepté par la Syrie, il est évident que c’est un échec, ce dont les 300 observateurs envoyés par l’ONU ont pu témoigner. Ce plan, en six points, prévoyait la fin de la violence, le dialogue politique, l’aide humanitaire, la fin des détentions arbitraires, la liberté pour les journalistes et les libertés civiques pour les Syriens. Chacun est juge de l’efficacité du plan !

L’intervention militaire en Syrie est donc aujourd’hui envisagée. Mais cette solution, qui trouve des défenseurs acharnés est encore sujette à de nombreuses discussions. Chacun redoute déjà l’explosion d’une guerre civile dans ce pays ravagé. Or, l’intervention en Lybie, si elle a permis de libérer le pays de Kadhafi a causé de très nombreux dégâts et la situation aujourd’hui est loin d’être apaisée. La démocratie est un long apprentissage et il ne suffit pas que quelques soldats viennent jouer aux sauveurs pour sauver vraiment. Ils sont nombreux donc, en face, à exprimer leurs doutes. Une intervention en Syrie serait bien plus délicate que ne l’était l’intervention en Lybie, selon eux, notamment en raison de la situation géographique du pays.

Pour l’instant, rien n’y fait. Beaucoup de pays ont déjà mis un terme aux relations diplomatiques qu’ils entretenaient avec la Syrie, notamment par l’expulsion des ambassadeurs. Aucune des mesures déjà mises en place n’ont abouti. Bachar el Assad, dans l’engrenage de la violence, ne semble plus comprendre que la force, et se positionne en victime. Victime de l’Armée Syrienne Libre, victime du monde entier.

A des milliers de kilomètres de là, confortablement installés en France, nous prenons un air grave pour donner notre avis. Et il est bien normal que nous le fassions. 58% des Français seraient favorables à une intervention militaire en Syrie. Au même moment, prompt à sauver le monde, Bernard-Henri Lévy a publié ce mercredi une lettre ouverte à François Hollande pour le pousser à l’ingérence.

Il est passionnant de constater que de nos jours, les intellectuels et autres penseurs puissent se croire au-dessus des chefs d’État, plus à même de comprendre les enjeux politiques, économiques, stratégiques, et les risques pour les populations civiles. Il est follement passionnant de constater que les Français sont, eux aussi, au point pour savoir ce qui est bon pour la Syrie.

Chacun a le droit d’avoir un avis. Chacun doit dénoncer, se révolter contre les tortures et les crimes perpétrés en Syrie. C’est ce que font les Français, finalement, en répondant à ce sondage IFOP, c’est ce que BHL fait lorsqu’il écrit au Président. Toutes ces méthodes ont leurs défauts mais il s’agit des seuls moyens que nous ayons pour faire pression sur nos dirigeants.

Il faut simplement que chacun reste prudent lorsqu’il assure que la solution qu’il préconise est la meilleure. Que chacun se rappelle aussi de Prévert qui écrivait « quelle connerie la guerre » avant d’envoyer des soldats faire le ménage en Syrie. Toutes les solutions pacifistes doivent être tentées avant de prendre les fusils. Parce que le sang, quelle que soit la raison pour laquelle on le fait couler, reste du sang.

Si la position de celui qui attend, les bras croisés, en regardant les images d’horreur défiler à la télévision est difficile à supporter, il est probable que beaucoup d’enjeux nous échappent. La seule chose que nous pouvons et que nous devons faire, est d’appeler nos dirigeants à s’unir pour agir rapidement selon la décision qu’ils auront jugé la meilleure et la plus juste.

L’American Nightmare

C’est le plus grand pays du monde. C’est le plus beau pays du monde. C’est la plus grande puissance mondiale. On nous fait croire depuis soixante ans, que les États-Unis sont un modèle. Ils ont les plus grandes stars de cinéma, ils ont sur leur territoire autant de way of life que d’États. Ils ont le Grand Canyon, la route 66, les Everglades, les ranchs d’Arizona. Ils ont Los Angeles, San Francisco, New-York.

Mais les Etats-Unis sont terriblement en retard en matière de droits humains. La peine de mort fonctionne encore. La justice américaine tue chaque année des innocents. La justice américaine tue chaque année. Ils ont Robert Redford, nous avons Robert Badinter. Si l’un vend du rêve depuis Hollywood, l’autre a offert aux Français l’une des raisons d’être fiers de leur pays.

Il leur faudrait un Badinter, aux Américains. Il leur faudrait une Simone Veil. A regarder les projets de lois de certains états, à regarder les lois qui ont déjà été votées à certains endroits, les femmes ont du souci à se faire.

Au Kansas, désormais, certains pharmaciens ont le droit de ne pas vendre aux femmes le moyen de contraception prescrit par leur médecin. En Géorgie, un sénateur a fait une proposition de loi selon laquelle les femmes pourraient être poursuivies en justice si elles ne peuvent pas prouver qu’elles n’ont pas provoqué leur fausse couche. Les victimes de viol ne seraient plus appelées « victimes », justement, mais « accusatrices ». Les femmes seraient obligées de porter leur fœtus mort jusqu’au 9ème mois. En Arizona, une loi autorisant les médecins à ne pas prévenir les femmes des maladies ou malformations dont souffrirait leur foetus a été votée. Cela dans le but, évidemment, qu’elles ne choisissent pas l’avortement.

Enfin, le Parti Républicain, qui se situe donc à un niveau national, appuie le « Protect Life Act ». Les médecins, selon cette mesure, pourraient ne pas sauver une femme en danger de mort si cela consistait à l’avorter.

Et ce ne sont que des exemples des innombrables lois, toutes plus choquantes et révoltantes les unes que les autres, auxquelles les femmes seront bientôt soumises.

Susan McMillan Enry a lancé un site, en revendiquant d’être une salope, « a slut ». Son site, en anglais, est édifiant. On peut signer la pétition pour soutenir le mouvement.

On s’étonnera moins, après, de la réputation de la Française outre-Atlantique. Et peut-être cela attestera de la chance que l’on a d’être une femme en France et de la nécessité qu’il y a de continuer à se battre pour préserver nos droits.

Pour en savoir plus : Site de Susan McMillan Enry , Article de Rue89