Le Pacte de Bartolone

Élu sans surprise, ce mardi 26 juin, à la présidence de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone a prononcé son discours. Un discours en six parties, directement adressé aux députés, « ses chers collègues », mais qui résonne en chacun de nous, qui croyons aux institutions républicaines de notre pays et portons chaque jour ses valeurs. C’est un pacte que Claude Bartolone a présenté aujourd’hui, inscrit dans ce qu’il appelle lui même des « repères historiques et moraux ». Trois grands thèmes se détachent : d’abord une présentation de lui et de la vision qu’il a de sa nouvelle fonction, puis une description élogieuse de cette Assemblée renouvelée et du travail à accomplir, et enfin, un rappel de ce qu’est la France, ses valeurs, son histoire, et sa démocratie.

Son discours se termine au commencement : l’histoire d’ « un fils de prolétaire », d’«un enfant de Tunis ». C’est ainsi qu’il rend un hommage personnel à la République Française qui lui a permis d’arriver là où personne n’aurait pu l’imaginer. Il rend hommage à cette « République, ses valeurs, son école, qui sont les seuls à pouvoir donner à des parents aimants, la force de contrarier les mauvais destins ». Une manière pour lui d’expliquer son total dévouement à ce pays qui lui a tant donné et sa foi profonde en sa mission politique.

Quant il parle de sa nouvelle fonction, Claude Bartolone s’inscrit dans la continuité de ses onze prédécesseurs dont il salue le travail effectué. En les citant tous, les vivants et les morts, de gauche et de droite, il fait également le serment de la neutralité. «Tous, avec leur tempérament et par-delà les engagements partisans, ont servi l’institution parlementaire avec la même passion. J’entends marcher dans ces pas ». Dès lors, il se place au-delà des clivages politiques et des luttes entre les différents partis. A plusieurs reprises, il renouvelle ce serment : « toutes les voix seront entendues, respectées ». Il dit même à l’opposition qu’il sera le « protecteur de [leurs] droits ».

A propos de cette Assemblée qu’il préside désormais, ce « lieu où bat [le] cœur » de la démocratie, Claude Bartolone insiste sur le fait que cette institution est «féminisée, renouvelée, diversifiée ». Il a un mot pour ces nouveaux « visages de tous les genres, de tous les ages, de toutes les couleurs de la France ». Aux nouveaux, il parle comme un père, un sage. Il les met en garde contre l’éblouissement que peut provoquer l’entrée au Palais Bourbon. « Vous apprendrez en très peu de temps que les ors des palais se ternissent toujours plus vite que les valeurs de la République, dès lors que nous savons les servir, les protéger, les chérir », leur dit-il. A ceux dont le mandat a été renouvelé, il parle en frère. Il loue leur engagement, leur travail dans leur circonscription, il partage leur « émotion intacte, éternelle ».

Comme à une rentrée des classes, Claude Bartolone redonne les consignes. Le député doit d’abord avoir « le goût de la loi » et « [adhérer] à l’idée que le plus grand privilège d’une société est qu’elle se donne à elle même sa propre règle de vie ». En suivant la ligne de conduite dictée par François Hollande, il souhaite également une Assemblée Nationale « transparente, exemplaire, irréprochable ». Dans cette idée de pacte où il promet d’être neutre, il exige en échange à tous « un total respect de ces valeurs qui sont l’identité de la France » et leur demande de rendre l’Assemblée «absolument respectable ».

Enfin, il rappelle aux 576 députés qui se trouvent face à lui les valeurs de la France et de la démocratie.

La devise française, d’abord, qu’il rappelle et qu’il interprète au regard du présent. A la « liberté d’aller et venir, de penser de dire et de contredire », à l’égalité « qui donne à chacun, quelle que soit sa naissance, le droit et les moyens de réussir sa vie », à la fraternité « pour nous rassembler », il ajoute la laïcité. « Non pour punir mais pour unir ceux qui [croient] au ciel et ceux qui n’y [croient] pas ».

Claude Bartolone met en garde contre ceux qui voudraient bafouer ces valeurs : « la tentation de s’[en] affranchir est forte lorsqu’un pays connaît des heures difficiles, et singulièrement quand la morsure d’une crise sociale fait sentir son emprunte ». Comment ne pas y voir une remise au pas de l’extrême-droite qui occupe deux sièges au Palais Bourbon? Il revient alors sur les heures sombres de la France et de cette Assemblée Nationale qui a voté, en 1940, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il cite Léon Blum, Georges Mandel, Pierre Mendès-France, Jean Zay et s’inscrit dans leur lignée, fier de la France libre. Fier de cette France où il y eut quelques Résistants. Entre les lignes, il demande ainsi à chaque député de s’élever à la hauteur de ces figures qui n’auront pas trahi la République. 

Enfin, il loue la démocratie, « au nom de [laquelle] la gauche est aujourd’hui majoritaire » à l’Assemblée. Cette gauche, il en rappelle le programme. Rassembler « par l’école, par l’emploi, par la culture, par le logement, par un développement plus respectueux de l’environnement. Par une lutte acharnée contre le racisme et l’antisémitisme. Par le refus des discriminations [...] Par la présence du service public ».

Claude Bartolone s’est ainsi présenté comme un président qui sera juste, qui sera neutre, mais qui reste socialiste. Son discours, plein de lyrisme et d’émotion, qui mêlait preuve éthique et preuve pathétique, a introduit avec honneur sa prise de fonction. Il est temps, désormais, que le travail commence et que l’Assemblée Nationale soit « à l’heure au rendez-vous du changement ».

A lire : le texte intégral

Une réflexion au sujet de « Le Pacte de Bartolone »

  1. .  » à l’heure au rendez-vous du changement  » ? bigre …
    Les Verts enragent déjà, le PS ne leur offrira pas la présidence de la commission « du développement durable ».
    Il a fêté son élection par un 1er vote blanc … le bizutage vert en quelque sorte.
    Il n’a donc pas pu s’exprimer au nom d’une « gauche majoritaire » puisque lui, n’a pas été élu par cette gauche unie que son parti a toujours historiquement rejetée sauf si elle accepte d’être aux ordres !
    Alors, Bortolone au dessus des partis ? c’est telement facile quand Son parti a la majorité absolue … Ce n’est pas lui mais son camarade Le Roux qui fera le sale boulot ! n’a-t-il pas commencé ?

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