Jean-Marc Ayrault l’avait promise et la voici signée. La Charte de Déontologie a été adoptée hier au cours du premier Conseil des Ministres. Et déjà, évidemment, la polémique gronde. Une imposture! Une entourloupe! Pure démagogie!
En lisant les quelques extraits que l’on peut trouver sur Internet, on se demande, c’est vrai, si cela vaut la peine de faire tout ce bruit autour de cette charte.
C’est, qu’au fond, cela nous paraît bien normal, à nous, de « privilégier le train pour les trajets de moins de trois heures » et de « respecter le code de la route ». Logique également que le gouvernement fasse bloc et que le « principe de solidarité » soit appliqué une fois la décision prise. Quant au fait que les ministres doivent « [s'abstenir] de donner suite à toute invitation pour un séjour privé qui émanerait d’un gouvernement étranger » … Cela semble frappé au coin du bon sens. Enfin, que les membres du gouvernement «s’abstiennent absolument de toute intervention concernant la situation d’un membre de leur famille ou d’un proche », il semble que cela devrait aller de soi.
Fallait-il vraiment faire faire une charte de déontologie pour cela? La droite crie au scandale et au populisme. Pierre Lellouche, Secrétaire d’État chargé du commerce extérieur jusqu’au 16 mai dernier, explique qu’il n’y a « pas grand chose de nouveau par rapport à ce qui est déjà pratiqué dans les lois de la République ».
C’est pourtant là que le bât blesse. Nous avons été obligés de nous habituer aux comportements frauduleux et crapuleux de nos dirigeants ; obligés d’accepter chaque nouvelle entorse aux règles morales élémentaires en haussant les épaules, las. Ce qu’il y a donc de fondamentalement triste dans cette charte c’est qu’il ait été nécessaire de l’écrire et de la faire signer. C’est qu’il ait été nécessaire que les membres du gouvernement s’engagent devant le peuple à respecter ces principes là au risque de perdre leur ministère.
Peut-être cette charte ne changera-t-elle rien. Mais elle a le mérite de rappeler à chacun, au gouvernement comme aux citoyens, qu’avoir un titre de Ministre ou de Président, ne fait pas de l’homme un sur-homme qui serait au-dessus des lois. Le Président de la République et chaque membre de son gouvernement, parce qu’ils ont entre leurs mains l’avenir et les intérêts d’une nation, doivent agir dans la plus grande transparence et la plus grande exemplarité éthique.
Cette charte, pourvu qu’elle soit respectée, est un bon début.