En terrain politique

A chacun de décider s’il trouve intéressant ou non de regarder deux équipes de 11 hommes se disputer une victoire en courant après un ballon d’un bout à l’autre d’un terrain durant 90 minutes. En revanche, même pour ceux que le football n’intéresse guère, il est indéniable que sport et politique sont liés.

Le match de vendredi au cours duquel l’Allemagne et la Grèce s’affrontaient pour une qualification en demi-finales en est la preuve, si tant est qu’il en faille une.

L’affrontement de ces deux équipes, de ces deux pays, au sein d’une compétition exclusivement européenne n’était pas seulement un affrontement sportif. C’était aussi, et peut-être surtout, l’expression du conflit greco-allemand qui se joue tous les jours sur fond de crise économique. Un conflit entre une Allemagne, très bonne élève qui se veut donneuse de leçon et leader de l’Union Européenne et une Grèce qui fait figure de cancre en ne parvenant pas à se relever de ses difficultés.

Il aurait été beau, symboliquement, que la Grèce sorte l’Allemagne. Non pas seulement comme un lot de consolation où nous autres européens laisserions les Grecs gagner un jeu. Simplement ce miracle aurait été comme un espoir, celui que rien n’est jamais impossible et que cette fois encore David pouvait vaincre Goliath. Et juste pour le plaisir, inexplicable, de ne pas voir Angela Merkel jubiler comme elle l’a fait au moment de la fin du match.

Mais l’Allemagne l’a emporté 4-2. Le score est sans appel, la Nationalmannschaft était au- dessus de l’équipe grecque, même si cette dernière s’est bien défendue.

La France a été sortie, elle aussi, hier soir, par l’Espagne. Qui soutenir, désormais, nous Français qui n’avons toujours pas digéré la terrible demi-finale qui nous opposait aux Allemands en 1982 ?

Les Allemands font figure de favori dans cette Euro 2012, comme dans tous les domaines ces derniers temps. Alors qu’ils sont premiers partout, gagneront-ils également cette compétition? Certainement, car l’équipe est, incontestablement, excellente. Mais il y a comme un agacement, à force, de devoir toujours prendre l’Allemagne comme modèle. Alors peut-être pourrions nous laisser les Allemands être meneurs de jeu en économie encore quelques temps, mais que la leçon de football nous vienne de Cristiano Ronaldo et de cette équipe du Portugal qui défend les couleurs d’un pays, lui aussi, dans une position extrêmement difficile.

Le stade et la prison

Ses cheveux blonds, tressés, sont noués en couronne. Celle qui fut l’une des figures de la Révolution Orange, qui deux fois Première Ministre d’Ukraine, et qui fut la première femme à accéder au second tour de l’élection présidentielle, est emprisonnée depuis le 11 octobre 2011.

Lors des élections présidentielles de 2010, Ioulia Timochenko, 51 ans, perd face à Viktor Ianoukovitch. Après un procès pour abus de pouvoir déjà contesté, Ioulia Timochenko n’obtient pas gain de cause.

Par la suite, ses conditions de détention sont violemment critiquées par le parti d’opposition en Ukraine ainsi que par l’ensemble de la communauté européenne. Ainsi, en février 2012, la rapporteure du Parlement Européen déclare que Ioulia Timochenko est «privée de tous les droits fondamentaux dont tout le monde devrait pouvoir bénéficier, même en prison ».

De plus, lors de l’une de ses hospitalisation, Ioulia Timochenko aurait été battue, et elle accuse le président Viktor Ianoukovitch d’avoir lui-même ordonné ces violences. Elle entame le 22 avril et jusqu’au 9 mai une grève de la faim.

C’est donc dans ce contexte politique extrêmement tendu que se déroule l’Euro 2012 du 8 juin au 1er juillet.

C’est Valérie Fourneyron, ministre de la Jeunesse et des Sports, qui, la première, a déclaré qu’aucun des membres du gouvernement français n’assisterait aux matchs qui auront lieu en Ukraine. Le gouvernement britannique n’a pas tardé à rejoindre ce boycott. Plusieurs autres gouvernements – Allemagne, Suède, Belgique – ont menacé de ne pas se déplacer non plus.

Vladimir Poutine, quant à lui, voit dans cette compétition un événement sportif qui ne doit pas être condamné par des mesures politiques.

Pourtant l’impact économique provoqué par ces compétitions les rend inévitablement politiques. La joie et le divertissement qu’elles procurent ne peuvent camoufler, même le temps de quelques semaines, les désastres d’une politique contraires aux lois européennes et aux droits fondamentaux.

Il est donc normal, et indispensable, que des sanctions politiques soient prises, surtout lors de tels évènements. Car la médiatisation qui entoure l’Euro rend également plus visible la position de l’Europe, et de la France, face à l’Ukraine aujourd’hui. La célébration du sport ne peut pas être plus forte que l’intransigeance dont nous devons faire preuve lorsqu’il s’agit de défendre les droits de l’homme.

De la même façon, la France n’aurait pas du se rendre aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Et c’est car ce sont des réunions qui ont un impact politique que nous n’avons pas boycotté. En effet, c’est le poids économique de la Chine qui a empêché la France, cette fois là, d’avoir le courage de ses convictions.

C’est donc à regret, mais sans remords, que la France regardera depuis sa télévision les Bleus jouer. Pendant que Ioulia, elle, sera dans sa cellule attendant qu’enfin son sort change.