Il a commencé par se déplacer beaucoup, Manuel Valls. Puis, il a fallu faire le grand ménage de printemps, à savoir nettoyer au Kärcher certaines des mesures à l’initiative de Claude Guéant. Manuel Valls a remplacé le « trio de tête » de la police, messieurs Péchenard, Gaudin et Squarcini. Hier, l’abrogation de la circulaire Guéant concernant les étudiants étrangers était officielle. Aujourd’hui, c’est une annonce/réflexion/proposition sur les contrôles d’identité qui fait débat.
La police française est très (trop) souvent accusée de faire des « contrôles au faciès ». François Hollande, durant la campagne, avait promis d’y mettre un terme. Le gouvernement s’y est donc attelé, et Manuel Valls propose une solution : comme dans certains autres pays européens, les policiers devraient remettre un récépissé après chaque contrôle d’identité. Mais cette mesure est loin de faire l’unanimité dans la profession.
On évoque souvent une « fracture sociale » entre les citoyens et les policiers. Ces derniers redoutent que le récépissé n’aggrave la situation. Ils accusent déjà le ministre de démagogie. Ils ont l’impression qu’on les montre du doigt en les rendant responsable de la situation actuelle et qu’on laisse entendre que la police est raciste.
Les associations de lutte contre le racisme et la stigmatisation, quant à elles, estiment que cette mesure est nécessaire et parfaitement justifiée. Certaines voix, dont celle d’Eva Joly, demandent même à ce que le numéro de matricule du policier ayant effectué le contrôle soit mentionné.
Un dialogue devrait être mis en place rapidement afin de discuter de cette proposition, et de réfléchir à la façon de traiter les informations récoltées par le récépissé. Le dialogue pourrait aussi éventuellement servir à trouver d’autres moyens pour lutter contre le contrôle au faciès.
Sur ce sujet, chacun doit donc avancer prudemment, sans trop de précipitation. Car s’il est vrai que les contrôles en fonction de la couleur de peau doivent cesser, la stigmatisation de la police n’est pas une bonne idée. L’inquiétude des policiers est compréhensible sur l’image que cette mesure renverra de leur profession. Pour autant, la Police, qui est nécessaire au bon fonctionnement d’une société, doit rendre des comptes à chaque citoyen, car elle travaille à leur service. Pourquoi alors vouloir se préserver d’une telle mesure qui améliorerait certainement son efficacité si elle n’a rien à cacher?
Il faudra cependant, c’est certain, trouver des ajustements. Il est hors de question que ce bout de papier empêche les forces de l’ordre de faire correctement leur travail. Un délinquant, quelle que soit sa couleur de peau, doit pouvoir être contrôlé. Et qu’importe le nombre de récépissés qu’il aura déjà dans ses poches.
Le contrôle d’identité est la seule procédure policière qui n’est pas elle même soumise à un contrôle. Si cette mesure n’emprunte pas le chemin inverse, elle peut être un moyen de faire renaitre la confiance. Un moyen seulement, car la fracture est grave et le travail pour que chacun retrouve le respect de l’autre sera long et nécessitera plus qu’un changement de ministre et une première mesure phare.