La dynastie

C’est une affaire de famille. Il y a, au Front National, le culte du nom. Chez eux, il faut s’appeler Le Pen, pour être le chef. Ça tombe bien, c’est ce que signifie Le Pen, en breton. On se passe donc le flambeau de génération en génération. Comme une entreprise familiale.

De Jean-Marie à Marine. Et déjà Marion, 22 ans, fait figure d’héritière. Qui sait donc où se terminera la triste histoire qui lie la dynastie Le Pen, et le Front National avec elle, à la République Française?

Jean-Marie Le Pen fonde le Front National en 1972. Malgré son comportement violent, malgré ses propos plusieurs fois condamnés par la Justice (haine raciale, banalisation de crimes contre l’humanité, consentement à l’horrible, …), il n’a cessé de faire progresser les scores de son parti aux élections présidentielles.

Jusqu’à l’électrochoc de 2002. Jusqu’à ce 21 avril, 20 heures, où le visage de Lionel Jospin n’apparait pas à l’écran à coté de celui de Jacques Chirac. L’électrochoc fonctionne un temps. Chirac est élu à 82%, et aucun siège de député n’a été remporté par le Front National depuis. En 2007, Jean-Marie Le Pen n’est pas le troisième homme, et pour la première fois depuis 1988, moins de 4 millions de Français votent Front National. Mais 3 millions, c’est encore trop.

Et puis ce qu’on pouvait redouter de pire est arrivé. Marine Le Pen, en prenant la tête du Front National en 2011, a entrepris la grande « dédiabolisation » du parti. Son combat depuis l’an 2000, lorsqu’elle était devenue présidente de l’association Génération Le Pen. Cette banalisation du Front National, la droite républicaine, incarnée par l’UMP, y a fortement contribué par sa propre radicalisation.

Au mois d’avril, Marine Le Pen n’a pas accédé au second tour, mais a recueilli 17,90% des suffrages. Autant dire 6 421 426 Français. Plus de 6 millions de Français ont adhéré aux idées nationalistes, racistes, créées par la haine et portées par la démagogie. On n’ose y croire.

Les idées que le Front National défend n’ont pas changé. Il s’agit toujours de faire porter à ceux qui n’ont pas la bonne couleur ou la bonne origine tous les maux français : l’insécurité, la crise, le chômage…

C’est bien cela, qu’elle voulait dire à David Pujadas et aux téléspectateurs lorsqu’elle a répété par deux fois, hier soir, au JT de 20h sur France 2, que pour elle c’était « les nôtres avant les autres ».

En 1997, il y a eu 76 triangulaires avec le FN, 9 en 2002, une seule en 2007. Ipsos en prévoit une soixantaine à l’issue du scrutin de dimanche. Pour la première fois depuis dix ans l’extrême droite pourrait entrer à l’Assemblée Nationale. Et plusieurs candidats de l’UMP, dont Monsieur Chassain, ont déjà annoncé qu’ils se retireraient en faveur du FN si cela était nécessaire pour éviter que la gauche l’emporte.

Rien n’est épargné. On accepte aujourd’hui que Marine Le Pen parle de « vote ethnique », de « vote communautariste ». On accepte bassesses et ignominies dans ses manières de mener campagne. Et on s’indigne que le Président de la République ait refusé de la recevoir. Au nom de quoi?

Au nom de la liberté d’expression? Mais la liberté d’expression s’arrête là où la haine, la xénophobie, le sectarisme et la stigmatisation commencent. La liberté d’expression s’arrête au moment où pour faire des coups de communication on fait de faux tracts de son adversaire. La liberté d’expression s’arrête au moment où l’on grime son adversaire en Hitler.

Marion Maréchal-Le Pen, qui porte son nom comme « un fardeau et une fierté », candidate à Carpentras pourrait remporter la circonscription. Elle serait, de ce fait, la plus jeune député de la Vème République. Elle a répondu récemment à un individu qui la traitait de fasciste qu’il était temps de changer d’insulte. Mais la réponse est non. Le discours s’est peut-être adouci en apparence, et encore, mais l’idéologie est la même.  Bien que policé, le Front National est le même qu’il y a quarante ans. 

Le Front National ne porte ni les valeurs de la République, ni les valeurs de la Constitution qui fonde cette République, ni les valeurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui est inscrite dans notre Constitution.

Et il est important, pour la France et les valeurs de notre pays, que certains continuent de dire que le Front National est un parti fasciste. La lepénisation des esprits ne passera pas par nous. Et le combat continue.