Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits de la Femme, a annoncé hier, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, que le gouvernement désirait « abolir la prostitution » et surtout se « donner les moyens de le faire ». La ministre ajoute qu’ « [elle n'est] pas naïve, [elle sait] que c’est un chantier à long terme » La première mesure évoquée est la pénalisation du client. Mais le gouvernement souhaite ouvrir une discussion afin d’arriver à un « consensus ».
Cette annonce laisse perplexe. Si Najat Vallaud-Belkacem n’est pas naïve, alors elle sait que ce chantier n’est pas seulement «un chantier à long terme», mais tout bonnement irréalisable. Ce qui revient à un effet d’annonce purement démagogique.
Est-ce vraiment prendre le problème dans le bon sens que de vouloir éradiquer totalement la prostitution? Rien n’est moins sur. Il faut d’abord admettre qu’il existe plusieurs types de prostitution.
Il faut lutter contre les réseaux. Il faut lutter contre l’exploitation de jeunes filles privés de leurs papiers par des proxénètes peu scrupuleux, souvent violents, et qui se font des couilles en or sur leur dos. Cette prostitution là, oui, doit être éradiquée car elle souvent mêlée à des réseaux de drogue, elle est synonyme d’exploitation du corps, d’exploitation de la personne, de viol. Les filles ne sont plus des prostituées, ce sont des esclaves sexuelles.
Mais il y a les autres, les « prostitué(e)s indépendant(e)s », celles et ceux qui sont organisés en syndicat, le STRASS, et qui revendiquent d’exercer le « plus vieux métier du monde » par choix. N’en déplaise à nos morales bien pensantes.
Faut-il abolir cette prostitution? Sous quel prétexte? Parce que des hommes, des femmes, sont prêts à payer pour du sexe? Parce que certains hommes, certaines femmes, se font payer contre un rapport sexuel? Est-ce qu’interdire cette prostitution permettrait d’abolir également les besoins sexuels des clients? Non.
Il faudrait du courage pour le reconnaître, il faudrait aller contre les courants majoritaires pour l’admettre, mais la prostitution ne doit pas être abolie, elle doit être encadrée.
Des «maisons closes», des maisons du sexe, permettraient de lutter bien plus efficacement contre les réseaux. En effet, un client saurait désormais où aller et ne chercherait plus au hasard des rues, au risque de prendre part à un trafic honteux.
Cela permettrait également de garantir l’hygiène (du changement des draps à l’utilisation de préservatifs), la santé (en se faisant régulièrement dépister), et la sécurité des travailleurs et des travailleuses du sexe (contre le viol, les coups, l’exploitation des mineurs, etc.).
Encadrer la profession cela signifierait également créer un droit du travail sexuel, permettre aux prostitué(e)s d’avoir accès à la sécurité sociale et à la retraite alors même qu’ils/elles n’échappent pas aux impôts.
Encadrer la prostitution en la reconnaissant comme profession ce serait lever – enfin – le voile de l’hypocrisie.