Le Foll, le couac

 

Hier, de nombreux tweets de ce genre apparaissent soudainement. Que se passe-t-il? Qu’a donc fait Stéphane Le Foll pour que les foudres s’abattent soudainement sur lui? Qu’a-t-il donc dit pour qu’on #causecommeLeFoll sur Twitter?

Au départ, cette interview dans L’express, à laquelle quelques phrases ont été ajoutées pour que le ministre « précise sa pensée ». Le couac c’est donc d’avoir dit « J’ai tenté de promouvoir des femmes au maximum, bien que nos dossiers soient très techniques ».

La phrase passe mal. D’autant plus mal que le but premier de l’interview était de raconter la formation à l’anti-sexisme pour les ministres, encouragée par Jean-Marc Ayrault.

 

On s’imagine, effectivement, que Stéphane Le Foll était bien loin de vouloir dire ce qu’il a dit – ou ce que l’on a pu interpréter.

Et même si cette histoire n’est pas bien grave, même si cette histoire sera probablement vite oubliée, cela reste une gaffe. Une de celles dont il aurait été facile de se passer en évitant, par exemple, de dire « bien que », « alors que », « même si ».

L’emploi de cette locution conjonctive fait oublier le reste, autrement plus important – et plus glorieux – à savoir le nombre de femmes que le ministre de l’agriculture a nommé dans son cabinet, et les différentes mesures qu’il a prises dès son entrée en fonction.

Le Top 14 du #petitlexiquesocialiste (Partie 1)

Depuis le 27 mai au soir, le hashtag petitlexiquesocialiste fait gazouiller les twittos. Le Top 14 est réparti en 4 catégories. Les deux premières sont présentées aujourd’hui, la suite arrive dès demain.

Morceaux choisis et droit de réponse en plus de 140 caractères.

Catégorie : Gouvernement

Si je comprends bien, cher Aymeric, vous remettez en question la légitimité du ministère du Redressement Productif. Il est vrai que la production française est à son meilleur niveau ces derniers temps. C’est pour cette raison que tous les candidats à la présidentielle ont placé au cœur de leur programme électoral la réindustrialisation de notre si beau pays. Vous avez raison, il n’est pas normal de sauver des milliers d’emplois ni de tenir ses promesses de campagne.

Cher Amaury, permettez-moi d’essayer de comprendre votre propos. Qui sont les repris de justice dont vous parlez? Claude Guéant? Brice Hortefeux? Eric Woerth? Si tel est le cas, vous confondez… Ces ministres-là sont partis avec notre ancien président.

Bonjour. Vous mettez là le doigt, en bon érudit, sur la définition de la parité que faisait Françoise Giroud. Elle croyait, en effet, que l’égalité des sexes serait effective lorsqu’une femme incompétente accèderait à un poste de pouvoir. Oseriez-vous sous-entendre qu’à incompétence égale, un homme vaudrait toujours mieux qu’une femme?

Chère Madame Lenvie, je suis certaine que les 17 femmes de notre gouvernement seront ravies d’apprendre que vous les soupçonnez d’avoir eu des relations tarifées pour accéder à leur poste. Je pense également que toutes les autres femmes travaillant à Solférino apprécieront d’être ainsi considérées. Que vous ont-elles donc fait pour les juger ainsi? Je ne veux aucun mal aux prostituées (avec un e, n’est-ce pas), seulement, à chacun son métier. Entre femmes, chère madame, nous pouvons parler. Je trouve regrettable que vous sous-estimiez ainsi les personnes ayant les mêmes attributs sexuels que vous.

Catégorie : Sécurité

Chère Annette, votre grandeur d’âme me touche au plus au point. Il est cependant important de vous rappeler que ni les juges, ni les magistrats, ni le Président, ne peuvent ainsi absoudre quelqu’un. Ils peuvent, en revanche, juger et décider d’une peine en conséquence. Oseriez-vous mettre en doute la décision d’un magistrat? Pouvez-vous ne pas croire qu’il n’existe rien entre la caresse et le bâton?

Annette, vous encore ! Permettez-moi de vous rappeler que la police de proximité, qui privilégiait la prévention à la répression a été mise en place en 1998 sous l’impulsion de Martine Aubry. C’est cette même police de proximité que Nicolas Sarkozy a supprimé dès 2003. On se demande toujours pourquoi. Quant à la définition que vous donnez, peut-être correspond-elle davantage au criminel?

Permettez-moi tout d’abord, chère JCVD, de vous féliciter pour le pseudonyme que vous avez choisi. Quant au reste, je suis navrée de devoir vous contredire. Il est également possible d’écouter du rap autour d’un feu de camp, autour d’un feu de cheminée, confortablement installé dans un salon douillet, ou encore sous la douche, qui n’est pas le lieu le plus adapté pour bruler des voitures. Il est dommage de répandre ainsi de vilains clichés. Je suis sure que vous êtes bien plus aware que cela…

De la dignité du vagin dans la République

D’aucuns diront qu’un ministère du Droit de la Femme est superflu. Une opération de communication, une manière de se donner bonne conscience. Et pourtant, elle a du pain sur la planche Najat Vallaud-Belkacem pour faire changer les mentalités, pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Pour rappeler qu’avoir un vagin entre les jambes n’empêche pas d’avoir un cerveau. Pour rappeler qu’avoir un vagin ne signifie pas qu’on ne soit capables que de parler chiffons et histoires de cœur.

Déjà nos ministres sont accusées de n’avoir pour elles que deux chromosomes X. Incompétentes, elles n’auraient été choisies qu’au nom de la parité. Patrick Besson qui a obtenu le grand prix du roman de l’Académie Française et le prix Renaudot, signe le 24 mai au Point un édito puant, machiste, vulgaire et révoltant. On comprend que, pour lui, les femmes de notre Gouvernement seraient là pour satisfaire les appétits sexuels de nos ministres mâles (« La parité ça fait un peu partouze straight »). Du moins à les faire fantasmer, en objet du désir. Sont-elles autre chose, après tout, puisqu’elles (ne) sont (que) des femmes?

Comment ELLE, journal historiquement féministe – au sens glorieux du terme – peut-il sortir en Une le 25 mai « Première Dame contre Première Femme »? Voici, étalée sur quatre pages, l’histoire de deux femmes qui ont aimé le même homme. Rien de nouveau sous le soleil, mais comme il s’agit de Trierweiler et Royal, forcément, ça mérite un roman fleuve. Avec des analyses de psychologues et des témoignages de personnes proches. Vraiment, c’est passionnant et pas du tout dégradant. Ni pour elles, ni pour le journal.

Pourquoi nous bassiner avec la hauteur de leurs talons? La marque de leurs chaussures, de leur sac, de leur jupe? Pourquoi nous rebattre les oreilles de la mise en pli de celle-ci, du maquillage de celle-là. Et pourquoi, pourquoi, dans l’édito comme dans l’un des articles trouve-t-on une analogie entre les femmes ministres et les divas de Cannes? Pourquoi ne nous dit-on pas où Montebourg achète ses cravates?

A force d’indignation, on ne s’étonnera bientôt plus de rien. Déjà, on a oublié le sondage qui s’intéressait aux pratiques sexuelles des Français selon leur couleur politique. On s’amusera d’ici peu des supputations journalistiques qui associeront telle ou telle personnalité politique à une position du kama-sutra.

Du bruit, qu’on soit homme ou femme, il faut continuer à en faire. D’abord parce qu’on se fiche des crises de jalousie que Trierweiler fait ou ne fait pas dans son salon. N’ont d’intérêt que les choix politiques du Président Français. Leur vie privée ne regarde qu’eux.

Quels citoyens sommes-nous lorsque nous nous intéressons davantage aux vêtements et aux fréquentations de nos dirigeants qu’aux réformes qu’ils décident pour notre pays? Quels sont ces médias qui acceptent de jouer ce jeu pervers pour satisfaire la curiosité malsaine des uns et la soif d’argent des autres? Si ce qui se vend aujourd’hui, ce sont les histoires de fesses, n’abaissons pas la politique aux ragots et aux commérages.

 

Pour en savoir plus : Patrick Besson, ce poète