Une paix royale

Il aura donc fallu que Ségolène Royal soit prise dans la tourmente pour que certains d’entre nous éprouvent une certaine empathie, voire même une certaine sympathie, à son égard.

En 2007 – quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, qu’on en ait fait partie ou non – elle est parvenue à créer un véritable engouement autour de sa candidature. Et a encaissé les coups, qui venaient de toute part : des médias, de sa propre famille politique, de l’UMP. Je me souviens encore de cette pique de Michèle Alliot-Marie : « Ségolène Royal change d’avis comme de jupe ». Ce défigement de l’expression qui servait à ramener, à réduire, la candidate socialiste à sa condition de femme me choque encore. Venant d’une autre femme politique, cela me choque encore plus. Il est toujours très étonnant de découvrir que le sexisme et la misogynie sont des tares que les femmes partagent aussi. Ségolène Royal en a fait les frais.

Le règne de la petite phrase ne l’a pas épargné. Et les socialistes ne pardonnent pas la défaite des précédentes élections présidentielles : aux primaires d’octobre, elle arrive en quatrième position derrière François Hollande, Martine Aubry et Arnaud Montebourg. Quelques larmes et déjà le combat se poursuit, elle rallie la candidature de celui qui deviendra, on le sait, Président de la République.

Par la suite, elle est irréprochable, exemplaire. Elle prend part activement à la campagne qui se déroule, et reste aussi loin que possible des conflits personnels et des problèmes d’égo. Pourtant, le piège médiatique se referme à nouveau sur elle : elle n’est plus la Présidente de région Poitou-Charentes, elle n’est plus la candidate de 2007, elle n’est plus la député, elle est l’ex- compagne de François Hollande.

La femme politique est battue, le 17 juin dernier à La Rochelle. Elle est accusée d’être parachutée. On ne précise que très rarement qu’elle n’est pas la présidente de n’importe quelle région, mais bien de la région Poitou-Charentes, là où se situe La Rochelle, donc.

Mais le tapage médiatique autour d’elle ne cesse pas. On se demande désormais quelle carrière Ségolène Royal peut espérer. Première secrétaire du parti? Présidente de l’Internationale socialiste? Présidente de l’ARF? Est-elle finie?

Cette sur-médiatisation qui l’entoure donne l’impression que sa situation est tout à fait exceptionnelle. Or, les défaites sont monnaie courante dans la vie politique.

Ce n’est pas ici un éloge idéologique. C’est la manifestation d’une demande de respect et de considération à l’égard d’une femme qui n’a pas baissé les bras, qui a poursuivi son combat politique et qui ne mérite pas d’être aujourd’hui à ce point décriée, à ce point dénigrée.

Ségolène Royal n’a jamais perdu une seule élection législative depuis 1988, date où elle se présente pour la première fois. Elle a donc bien le droit de vouloir prendre du temps pour savoir où se situer sur le nouvel échiquier politique. Ainsi, à la voir traverser toutes ces épreuves en gardant toute sa dignité, il est indéniable que Ségolène Royal fait preuve d’une certaine bravitude.

Le Courrier des Twittos

Sur La Rochelle

Le niveau de votre réflexion, cher Julien, me laisse quelque peu perplexe. J’en conviens, ces derniers jours n’ont pas offert à la politique ses heures les plus reluisantes, mais il serait tout de même bienvenu de proposer mieux que ces jeux de mots vaseux. Quant au sexisme de votre blague, elle fait bien plus de vous un macho, qu’un rigolo. Tout cette histoire de tweet fait visiblement rire, c’est en réalité très consternant. Il est grand temps de passer à autre chose. Si, bien sur, vous avez des choses plus intéressantes à dire.

Idiocratie, bonjour. Vous donnez, vous aussi, dans le jeu de mot très subtil. L’épitaphe que vous proposez, en effet, est d’une élégance à toute épreuve. L’homophone sur lequel repose votre trait d’esprit ne fonctionnant pas à l’écrit, vous auriez pu vous éviter la peine d’écrire ces quelques caractères insultants tant à l’égard de Ségolène Royal que du Président de la République.

Madame Michu, je vous reconnais bien là. Est-ce cependant bien opportun de se servir du lyrisme de De Gaulle, pour soutenir Olivier Falorni? La cause en vaut-elle la peine? Je ne crois pas. De plus, qui aujourd’hui, est le plus outragé des deux? Je ne suis pas sure que ce soit Falorni. Enfin, rappelez-vous bien que Ségolène Royal et Olivier Falorni portent les mêmes valeurs et soutiennent le même homme. Des valeurs et une majorité présidentielle contre lesquelles vous vous battez. Le combat que vous menez contre Ségolène Royal n’ayant aucune justification politique, je m’interroge sur sa légitimité.

Sur le Front National

Remettons en contexte, chère Sandrine, si vous le permettez. Ces tracts sont apparus dans la 4e circonscription de l’Essone seulement, pour faire barrage à NKM. Ce tract, qui est – excusez-moi du terme – un torchon ne saurait être considéré comme la preuve d’un quelconque accord entre le Front National et le Parti Socialiste. Il plonge d’ailleurs Monsieur Thomas, le candidat PS, dans un profond embarras. Cela étant, et même si je comprends que le comportement des dirigeants de l’UMP vous reste en travers de la gorge, il est aberrant d’accuser le PS de connivence pour vous décharger de ce qu’il se passe au sein de votre parti.

Parler aux électeurs du FN, oui. Leur parler pour leur dire que l’on partage leurs valeurs, non. Ce n’est pas du mépris, c’est du bon sens.

Les inclassables

Bonjour SniperdeDroite, je dois bien admettre que je ne comprends pas votre blague. Si par là, vous sous-entendez que le Front de Gauche est responsable de la montée du Front National, c’est que vous êtes en plein déni. Or, le déni est peut-être ce qu’il y a de plus dangereux en démocratie. Cela étant, si Canard WC laisse effectivement des traces dans vos toilettes, c’est que vous ne vous en servez pas correctement.

Sans conteste, le tweet le plus mystérieux du jour. La personne concernée par votre tweet, Madame Morano, n’a certainement pas pu se reconnaître et ne peut donc répondre à votre appel. Il est temps de mettre un terme à ce suspense insoutenable ! Entre Jean-François Copé et Jean-Marie Le Pen, nous nous interrogeons toujours. Mais peut-être que vous aussi?

Et c’est donc vous, Bécasse du Sud, qui remportez la palme de ce Courrier des Twittos. Petit rappel historique : les tickets de rationnement auxquels vous faites probablement allusion ont en réalité mis en place en 1940 par Pétain, qui n’est pas connu pour son engagement auprès des soviétiques.

Quoiqu’il en soit, rappelez-vous qu’à trop vouloir faire rire, vous avez oublié, cette fois-ci, la décence la plus élémentaire.

PS (Post Scriptum) : Ce n’était définitivement pas une bonne idée de supprimer les cours d’histoire en Terminale Scientifique. Merci à Vincent Peillon de les remettre au programme.

 

A lire : Le Front de Gauche n’est pas comparable au Front National

Lettre ouverte à Valérie T.

C’est Valérie Trierweiler qui obtient sans conteste la palme du plus gros buzz Twitter de ces dernières semaines. Et pour être honnête, il aurait mieux valu la laisser à quelqu’un d’autre.

Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas penser comme François Hollande. Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas penser comme le Parti Socialiste. Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas vouloir être appelée Première Dame de France. Valérie Trierweiler a bien le droit de vouloir rester journaliste.

Il est parfaitement compréhensible, encore une fois, que Valérie Trierweiler puisse mettre du temps à s’habituer à ce rôle, à cette place, à cette vie, de Première Dame, quel que soit le nom qu’on lui donne. Cela étant, Valérie Trierweiler n’est pas née de la dernière pluie. C’est une journaliste politique qui connait les usages d’Internet et sait les retombées que peuvent avoir 140 caractères écrits sur la Toile.

On aurait éventuellement pu se passer de savoir ce qu’elle pensait. Elle voulait soutenir Falorni? Grand bien lui fasse. Il aurait néanmoins été fort appréciable qu’elle évite de provoquer un tel bordel à cinq jours du second tour des élections législatives. Envoyer un SMS, par exemple, aurait été au moins aussi bien pour transmettre son affection.

On se demande d’abord à quoi joue Valérie Trierweiler. On se demande aussi en quel nom elle donne son avis dans cette campagne électorale. En tant que simple citoyenne? Alors il est temps pour elle de réaliser qu’elle n’est pas, qu’elle n’est plus, une citoyenne comme les autres. Ce qu’elle dit, qu’elle le veuille ou non, implique nécessairement son compagnon et le Parti politique auquel il appartient. Donne-t-elle son avis en tant que journaliste? Elle n’a, là encore, aucune légitimité dans cette situation à soutenir un candidat plutôt qu’un autre.

Avec ce tweet, elle donne un os de plus à ronger à la droite. Elle donne également de quoi alimenter encore quelques articles racoleurs sur la rivalité entre « la première femme » et « la première dame » (en référence au Elle du 25 mai 2012). Qu’on ne s’étonne donc pas du traitement médiatique qu’il sera fait de cet événement. Les papiers qui sortiront, n’en doutons pas, seront au niveau de son geste.

Comment imaginer que Valérie Trierweiler ne mesurait pas l’impact qu’aurait son tweet? Comment pouvait-elle imaginer que celui-ci n’apparaitrait pas comme une attaque contre l’ex- compagne de François Hollande. La guerre des ex au sommet de l’Etat, merci, on s’en serait passé. Comme l’a dit Martine Aubry cet après-midi, « la politique est une affaire sérieuse ». Il serait préférable qu’elle le reste.