14 juillet 2012

Quoi? Interview du Président de la République

Quand? 14 juillet. 13H15.

Qui? François Hollande. Laurent Delahousse pour France 2. Claire Chazal pour TF1.

Où? Hôtel Marine, place de la Concorde. Supposé être un lieu plus neutre. Les journalistes ne sont pas reçus par le Président, c’est lui qui répond à leur invitation.

On parle de quoi?

De PSA. Après l’annonce de la suppression de 8000 emplois, Arnaud Montebourg est sous les feux de la rampe en sa qualité de Ministre du Redressement Productif. C’est la première vraie difficulté qu’il rencontre. Le Ministre, le Gouvernement et le Président vont devoir être à la hauteur. François Hollande l’a dit : « l’État ne laissera pas faire ». Reste à savoir ce que l’État peut faire. Au programme : expertise, concertation, puis décision. Le premier rendez vous est donné le 25 juillet avec les premières propositions du Gouvernement quant au Plan Automobile.

De la crise, de l’emploi, des finances publiques. On ne parle toujours pas de rigueur, ni d’austérité. François Hollande le répète, pour lui, il s’agit d’un « effort », « un effort juste ». Il réutilise ici l’expression de Ségolène Royal en 2007. Plusieurs pistes sont à explorer dont, François Hollande le reconnaît, la hausse de la CSG. Claire Chazal insiste sur la refiscalisation des heures supplémentaires qui toucheront les classes moyennes. François Hollande maintient sa position : c’est ceux qui ont le plus qui devront contribuer le plus au redressement du pays.

Commission éthique et moralisation de la vie politique que présidera Lionel Jospin. Propositions attendues sur le non cumul des mandats, entre autres. Celui qui s’était retiré de la vie politique le 21 avril 2002 y revient. L’avantage, c’est qu’il fera probablement ça très bien.

De l’Europe. Laurent Delahousse ironise sur les relations entre François Hollande et Angela Merkel. Le Président répond : « je ne suis pas dans une sorte d’effusion, elle non plus ». Et après tout, ce n’est pas ce qu’on leur demande. Il maintient avoir renégocié le traité européen. Il reconnaît qu’il aurait préféré négocier plus. Mais une négociation implique un compromis, il a fallu céder sur quelques (nombreux) points. Il se félicite de l’ajout du pacte de croissance. Au Parlement de voter, désormais.

De Valérie Trierweiler. Elle n’apparaitra que lorsque le protocole l’exige, « ce qui n’arrive pas souvent » ajoute François Hollande. Certains s’insurgent déjà. On rappelle qu’on vote pour ni pour le conjoint, ni pour le couple. Rien de honteux dans ces propos, donc. Et pas de clarification du statut de Première Dame. On regrette néanmoins que les journalistes ne l’aient pas interrogé sur le cabinet de Valérie Trierweiler à l’Elysée.

Du Mali, de la Syrie. François Hollande apporte des réponses claires.

Le Mali est soumis à un groupe terroriste organisé. L’Afrique, qui a les outils pour le faire, doit donc s’organiser pour lutter contre ce danger, avec le soutien de l’ONU. Le Président ne revient pas sur les propos tenus par Laurent Fabius qui envisageait une « intervention armée ».

Sur la Syrie, il condamne les attentats à répétition et répète la nécessité de la transition politique. Il se fait alors compréhensif mais ferme vis à vis de la Russie. S’il comprend les intérêts qui lient les deux pays, il redoute la guerre civile et presse Vladimir Poutine de laisser l’ONU agir.

Du football. Oui, Laurent Delahousse parle football. Drôle d’époque où le Président est interrogé sur le comportement et les résultats de ceux qui portent le maillot bleu. Il s’en sort plutôt bien, il a l’air d’apprécier cet exercice qui lui permet d’être plus détendu et de faire quelques traits d’humour. Il rappelle qu’il faut être fier de porter le maillot de son pays, et penser aux spectateurs « qui souffrent ». Il fait un parallèle avec les militaires qui sont de toutes les origines et de toutes les couches sociales et qui sont fiers de représenter leur nation. Et finit sur cette équipe d’Espagne dont la victoire a fait du bien au pays, même si les joueurs sont mieux payés que les joueurs français, grâce à leur comportement et à leur jeu exemplaires.

De la météo. Il n’a pas plu sur Paris lorsque François Hollande a défilé, ni lors du bain de foule. Conclusion : « un président normal aussi peut connaître un jour sans pluie ».

Lettre ouverte à Valérie T.

C’est Valérie Trierweiler qui obtient sans conteste la palme du plus gros buzz Twitter de ces dernières semaines. Et pour être honnête, il aurait mieux valu la laisser à quelqu’un d’autre.

Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas penser comme François Hollande. Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas penser comme le Parti Socialiste. Valérie Trierweiler a bien le droit de ne pas vouloir être appelée Première Dame de France. Valérie Trierweiler a bien le droit de vouloir rester journaliste.

Il est parfaitement compréhensible, encore une fois, que Valérie Trierweiler puisse mettre du temps à s’habituer à ce rôle, à cette place, à cette vie, de Première Dame, quel que soit le nom qu’on lui donne. Cela étant, Valérie Trierweiler n’est pas née de la dernière pluie. C’est une journaliste politique qui connait les usages d’Internet et sait les retombées que peuvent avoir 140 caractères écrits sur la Toile.

On aurait éventuellement pu se passer de savoir ce qu’elle pensait. Elle voulait soutenir Falorni? Grand bien lui fasse. Il aurait néanmoins été fort appréciable qu’elle évite de provoquer un tel bordel à cinq jours du second tour des élections législatives. Envoyer un SMS, par exemple, aurait été au moins aussi bien pour transmettre son affection.

On se demande d’abord à quoi joue Valérie Trierweiler. On se demande aussi en quel nom elle donne son avis dans cette campagne électorale. En tant que simple citoyenne? Alors il est temps pour elle de réaliser qu’elle n’est pas, qu’elle n’est plus, une citoyenne comme les autres. Ce qu’elle dit, qu’elle le veuille ou non, implique nécessairement son compagnon et le Parti politique auquel il appartient. Donne-t-elle son avis en tant que journaliste? Elle n’a, là encore, aucune légitimité dans cette situation à soutenir un candidat plutôt qu’un autre.

Avec ce tweet, elle donne un os de plus à ronger à la droite. Elle donne également de quoi alimenter encore quelques articles racoleurs sur la rivalité entre « la première femme » et « la première dame » (en référence au Elle du 25 mai 2012). Qu’on ne s’étonne donc pas du traitement médiatique qu’il sera fait de cet événement. Les papiers qui sortiront, n’en doutons pas, seront au niveau de son geste.

Comment imaginer que Valérie Trierweiler ne mesurait pas l’impact qu’aurait son tweet? Comment pouvait-elle imaginer que celui-ci n’apparaitrait pas comme une attaque contre l’ex- compagne de François Hollande. La guerre des ex au sommet de l’Etat, merci, on s’en serait passé. Comme l’a dit Martine Aubry cet après-midi, « la politique est une affaire sérieuse ». Il serait préférable qu’elle le reste.